Cœurs Noirs : plongée dans les coulisses d’un tournage sous haute tension

Évènement télévisuel de ce début d’année 2024, la série Cœurs Noirs a tenu toutes ses promesses. Dévoilée en exclusivité sur Prime Video en janvier 2023 avant d’être diffusée en clair sur France 2, cette ambitieuse fiction en six épisodes nous plonge au cœur d’une mission à haut risque des forces spéciales françaises en Irak, à la veille de la bataille de Mossoul contre Daesh. Porté par un casting cinq étoiles (Thierry Godard, Nicolas Duvauchelle, Marie Dompnier…), ce thriller militaire ultra réaliste a bluffé critiques et spectateurs par son intensité et son style immersif qui semble épouser au plus près la réalité du terrain. Mais pour parvenir à ce résultat saisissant, où l’équipe de Cœurs Noirs a-t-elle posé ses caméras ? Comment le tournage s’est-il déroulé ? Quelles ont été les coulisses de fabrication de cette série coup de poing ? Plongée dans les secrets d’une production hors normes.

Les raisons d’un tournage délocalisé au Maroc

Sur le papier, Cœurs Noirs avait tout d’un projet aussi excitant que casse-gueule. Parce qu’il est évidemment impossible, pour d’évidentes raisons de sécurité, d’aller tourner une série en Irak en pleine guerre contre l’État Islamique comme l’exige l’intrigue. Dès l’origine, l’équipe de production savait donc qu’elle devrait relever le défi de reconstituer cet environnement hostile ailleurs, sans rien perdre en authenticité.

C’est le Maroc, partenaire privilégié des tournages internationaux, qui a été choisi pour sa diversité de décors naturels et ses infrastructures techniques. Et plus précisément les régions de Marrakech et de Casablanca, dont les paysages arides et désertiques pouvaient le mieux se prêter à une « irakisation » par effets spéciaux et artifices de mise en scène.

Un énorme travail de repérages et d’aménagement des décors a alors été entrepris pendant de longues semaines en amont du tournage par Ziad Doueiri et ses équipes. Tout a été méticuleusement étudié pour sélectionner les meilleurs spots possibles et imaginer comment les transformer en creuset crédible de l’action. L’enjeu : faire en sorte qu’à l’image, on puisse croire à chaque instant que l’histoire se déroule bel et bien en Irak, sur un vrai théâtre d’opérations.

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Chaque détail compte pour créer un effet de réel saisissant

Sur place au Maroc, d’importants moyens ont été déployés pour maquiller la réalité locale en zone de guerre irakienne. L’équipe déco de Cœurs Noirs, renforcée de consultants militaires pour la crédibilité, a déployé des trésors d’inventivité pour recréer un Moyen-Orient de tous les dangers : check-points, ruines, impacts d’obus, carcasses de véhicules, matériel militaire… Une débauche d’accessoirisation et d’effets spéciaux numériques a permis de rendre les décors du Maroc méconnaissables et de nous immerger dans la fournaise irakienne.

Pour parfaire cette sensation de réalisme, un travail tout particulier a aussi été mené sur les figurants et silhouettes aperçus à l’arrière-plan. Jihadistes présumés, civils en détresse, soldats irakiens… Tous ont fait l’objet d’un casting et d’une direction d’acteurs méticuleux pour coller à la situation. Le réalisateur Ziad Doueiri a d’ailleurs confié avoir engagé de nombreux réfugiés syriens et irakiens vivant au Maroc pour incarner la population locale. Une manière d’ancrer son récit dans le réel mais aussi, pour ce cinéaste engagé, de leur offrir un travail le temps du tournage.

Car au-delà de la prouesse technologique consistant à transformer le Maroc en Irak, c’est aussi dans un souci constant de vérité humaine que toute l’équipe de Cœurs Noirs s’est investie. Vérité des décors et de l’action, mais aussi vérité des émotions et des enjeux de cette guerre.

L’obsession d’un réalisme quasi-documentaire

Cœurs Noirs n’est pas une fiction sur la guerre comme les autres. Son ambition : nous faire vivre de l’intérieur, au plus près des hommes, la réalité d’une opération commando en terrain hostile. Un pari osé qui impliquait d’inventer une nouvelle grammaire visuelle, bien loin des codes habituels des films et séries militaires.

C’est ce à quoi s’est attelé Ziad Doueiri, caméra au poing, en chorégraphiant chaque séquence d’action comme un ballet d’une précision telle qu’on en oublierait presque qu’il s’agit d’une fiction. Filmé caméra à l’épaule, au plus près des acteurs et des explosions, avec un sens du cadre et du montage qui dynamite littéralement l’écran, Cœurs Noirs redéfinit les standards du genre. Chaque plan, chaque travelling hachuré nous immerge dans l’urgence et le chaos d’une expérience de guerre glaçante de vérité.

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Pour parvenir à ce résultat si immersif, le réalisateur a travaillé en amont avec de vrais membres des forces spéciales françaises pendant plusieurs jours, sur leur base de Bayonne. Objectif : s’imprégner au mieux de leurs méthodes, de leur environnement, saisir leur psychologie, comprendre leur mode de fonctionnement. Une manière de nourrir ensuite sa mise en scène d’une foule de détails qui font toute la différence à l’écran. Comme l’avoue Ziad Doueiri, « je ne voulais pas faire une énième série d’action mais raconter de l’intérieur, de manière quasi documentaire, une forme de réalité des forces spéciales en mission. Être au plus près de ce qu’ils vivent, ressentent, de leurs peurs, leurs espoirs, leur force mentale… De leur humanité en fait. »

Cette recherche d’ultra réalisme se retrouve jusque dans la façon de filmer de Ziad Doueiri, qui renouvelle les codes avec une idée forte : faire comme si un grand reporter de guerre avait été intégré à l’unité des forces spéciales pour capter leur quotidien au combat. Un personnage de journaliste qu’on ne voit jamais à l’écran mais qui est constamment présent à leurs côtés, nous faisant vivre chaque instant de cette traque tendue à hauteur d’hommes. Ce point de vue inédit, mêlant puissance immersive et sensation de reportage de guerre, fait de Cœurs Noirs une expérience à part qui repousse les limites du genre.

Des acteurs impliqués à 200%

Pour incarner ce commando de choc, il fallait un casting d’exception prêt à se jeter corps et âme dans un tournage intense, au rythme quasi-militaire. C’est chose faite avec le quatuor formé par Thierry Godard, Nicolas Duvauchelle, Marie Dompnier et Ken Duken, qui crèvent l’écran dans la peau de ces soldats d’élite pris dans une mission qui tourne au cauchemar.

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Leur engagement sans faille

Leur engagement sans faille a d’ailleurs poussé les acteurs à se soumettre à un entraînement physique et mental de plusieurs semaines avant le tournage au Maroc. Mené par d’anciens des forces spéciales, ce stage intensif leur a permis d’acquérir les rudiments des techniques de combat, de maniement des armes, des modes opératoires, mais aussi de développer une véritable cohésion de groupe, essentielle pour retranscrire à l’écran l’esprit de corps qui unit ces unités d’élite.

Sur le tournage, les acteurs ont aussi dû composer avec la rudesse des conditions : chaleur écrasante du désert marocain, scènes d’action éreintantes, grande exigence des cascades… Autant d’éléments qui ont soudé l’équipe et nourri l’intensité de leur jeu. Car comme le confie Marie Dompnier, « il était essentiel pour nous de ressentir physiquement ce que vivent les personnages. On ne peut pas tricher, il faut y aller à fond, quitte à repousser ses limites. C’est ce qui rend l’interprétation plus authentique, plus viscérale. »

Un tournage sous pression

Pendant deux mois, l’équipe de Cœurs Noirs s’est donc plongée dans un tournage aussi exaltant qu’éprouvant aux quatre coins du Maroc. Entre deux explosions et fusillades, il a fallu gérer une lourde logistique, avec un matériel conséquent mais aussi la présence de nombreux figurants et cascadeurs internationaux pour donner vie aux scènes de combat. Un défi de tous les instants pour la production, d’autant que le tournage a été régulièrement interrompu par les alertes aux vents de sable, fréquents dans la région de Marrakech.

Mais l’abnégation et la bonne humeur de l’équipe, soudée autour d’un projet passionnant et d’un réalisateur inspiré, ont permis de surmonter toutes les difficultés. Il aura fallu pas moins de 79 jours au final pour boucler l’intégralité des six épisodes, soit plus du double d’une série classique. Un investissement à la hauteur de l’ambition de la série, qui se ressent à l’écran. Car le véritable exploit de Cœurs Noirs est là : avoir réussi, avec un tournage délocalisé au Maroc, à nous faire véritablement ressentir l’expérience de la guerre en Irak. Une prouesse narrative et formelle qui en fait assurément l’une des grandes révélations françaises de l’année.

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